Novembre 2010: l'Europe préoccupe à nouveau les investisseurs
Du côté des US
Le mois de novembre a été marqué par la mise en place du programme de quantitative easing. Le montant injecté de 600 milliards de dollars est ressorti supérieur aux attentes du marché. Ce programme de rachat de titres de dette a favorisé les marchés US sur le mois. L’objectif étant d’empêcher les taux de remonter, donc faciliter l’accès au crédit, dans l’optique de relancer l’investissement et donc favoriser le marché du travail. La hausse moins forte que prévue de 0.2% de l’inflation en octobre (+1.2% sur 1 an), après une hausse de 0.1% le mois précédent, conforte la mise en place de cet assouplissement monétaire.
Sur le mois les indicateurs américains sont plutôt encourageants :
En deuxième estimation, la croissance des Etats-Unis pour le troisième trimestre a été révisée à la hausse +2,5% contre +2,4% attendu (la première estimation était à 2%), notamment grâce à des chiffres de la consommation très encourageants. Bonne nouvelle concernant les ventes au détail, qui progresse de 1.2%, c’est le quatrième mois de hausse consécutif. Nouvelle très importante car les ventes au détail représentent 1/3 de la consommation, qui est la principale variable du PIB. La productivité s’est bien tenue au 3T10 avec une hausse de +1.9% contre -1.8% au 2T10. L’indice ISM est également ressorti en hausse à 58,4 en octobre, contre 52,8 en septembre, tout comme l’indice de confiance du Michigan, qui mesure le sentiment du consommateur américain. Hausse plus forte que prévue de la confiance des ménages. L’indice du Conference Board ressort à 54.1 en novembre, contre 49.9 révisé en octobre.
Ces bons chiffres sont appuyés également par un marché de l’emploi qui se stabilise à 9.6%, les 151.000 créations de postes ont suffit à absorber l’afflux de nouveaux travailleurs. Mais la situation n’est pourtant pas réglée, la publication d’un taux de 9.8% pour novembre indique que le marché de l’emploi est encore fébrile.
L’autre point noir concerne l’immobilier : les mises en chantier de logements ont atteint leur plus bas depuis un an au mois d’octobre, ressortant à 519 K contre 610 K, soit une contraction de 11,7% sur un an. Les permis de construire accordés au mois de septembre ont connu une modeste progression, ressortant en dessous des attentes à 550 K contre 539 K et les demandes de prêts hypothécaires sont également en repli. Les ventes de logements anciens ont reculé de 2,2% en rythme annualisé alors que l’on attendait une baisse de seulement 1%. Les prix de l’immobilier, mesurés par l’indice S&P Case-Schiller, continuent de reculer -0.8% en septembre après une baisse de 0.5% en août.
Sur le mois le Dow Jones baisse de 1.01%, alors que l’indice élargi américain, le S&P500 progresse de 0.23%.
Du côté de l'Europe
Le mois de novembre a été marqué par les problématiques de dettes souveraines dans les états périphériques de la zone euro. Les difficultés des banques irlandaises, ainsi que des chiffres revus à la hausse concernant le déficit grec, ont fait plonger les bourses européennes. Le programme mis en place n’a pas convaincu les investisseurs qui ont délaissé le vieux continent. Les déboires de l’Irlande auront des répercussions dans toute l’Europe. Ils relancent le débat sur le futur de la zone euro dans sa forme actuelle. Il est évident que, loin d’être source de stabilité, la crise budgétaire a mis en exergue de forts déséquilibres au sein de la zone. Les responsables politiques européens auront donc pour objectif de calmer la défiance vis-à-vis de ces pays, et surtout d’éviter une contagion aux autres nations. Comme nous l’avons observé avec la montée en flèche des taux des emprunts portugais et espagnols dans le sillage de l’Irlande.
Les chiffres publiés en novembre sur le vieux continent ont appuyé la baisse des marchés, et cela dans des volumes redevenus importants, ce qui marque bien la force du mouvement. Le PIB de la zone euro est pourtant ressorti en hausse de +0.4% au 3T 2010 après +1% au 2T10, mais ce chiffre masque bien la disparité qui existe au sein de la zone. L’Allemagne progresse de 0.7% alors que l’Espagne est restée stable par rapport au mois précédent. En témoigne également le recul de la croissance dans le secteur des services de la zone euro (qui représente les deux tiers environ de l'économie de la zone euro). Ce ralentissement observé a réussi à masquer les bons résultats de l'Allemagne.
Le Dax progresse tout de même de 0.86%. Au contraire l’Eurostoxx 50 baisse très fortement de 6.82%, et le CAC40 de 5.82%.
Du côté de la Chine
Face à une inflation galopante, la banque centrale chinoise a procédé à un nouveau resserrement de sa politique monétaire. L'inflation a été de 4,4% en octobre, impacté aux trois quarts par la hausse des prix des produits alimentaires. L’objectif des 3%, parait être un niveau difficilement atteignable, et laisse donc la porte à de nouvelles hausses de taux. La banque centrale a relevé pour la cinquième fois de l'année, le taux des réserves obligatoires des banques commerciales auprès de la banque centrale. Après la hausse de 50pb, les taux se retrouvent à 18.5%. La forte hausse des salaires a également participé à la poussée de l’inflation, mais cela devrait permettre à la Chine d’être moins dépendante de ses exportations, en favorisant la demande intérieure. Les chiffres de l’activité se sont établis à des plus hauts de sept mois, ils on retrouvé leurs pics de sortie de crise. Ainsi l’indice PMI chinois progresse à 55.2 contre 54.7 en octobre. Cela fait presque 2 ans que l’indice est en expansion.
Le Hang Seng gagne 0.38% sur le mois.
Du côté des entreprises
Les constructeurs automobiles restent toujours très bien orientés, le secteur grimpe de 6.54% sur le mois. Le secteur a été soutenu par des ventes toujours solides qui profitent de bases comparables toujours favorables. Les ventes aux Etats-Unis ont progressé de 16.9%, en Europe les ventes progressent de 22.6%, en novembre. Les constructeurs européens ont été eux portés par la forte dynamique des marques allemandes. Le mois a également été marqué par le retour en bourse de GM, qui a annoncé avoir levé $23.1Mds aux US, un nouveau record mondial. Renault gagne 0.80%, le titre reste attractif avec un PE de 8 contre un peu plus de 12 pour le secteur. Volkswagen grimpe de 14.37 %, grâce à des ventes en hausse de 28.2% sur le mois.
Les ressources de base profitent de la hausse des prix des matières premières, et d’une demande toujours impressionnante, la demande d’or a grimpé de 20% entre le 3T 2009 et le 3T 2010. Le secteur s’adjuge 4.95%. ArcelorMittal grimpe de 5%, profitant du renchérissement des prix de l’acier, Rio Tinto prend 1.08% grâce à une production record de minerais de fer sur le 3T à 56.8 millions de tonnes contre 51 millions un an plus tôt.
La chimie secteur défensif, profite du retour de l’aversion au risque, pour s’adjuger 3.30% sur le mois. Linde monte de 4.01%, le groupe a fortement amélioré sa rentabilité, et ses ventes. En revanche Arkema (-1.14%) et Air liquide (-2.77%) ont plombé le secteur.
Les utilities perdent 5.45% en novembre. Le secteur souffre de son manque de visibilité, de son fort endettement, de sa forte exposition au budget public, ainsi que des lourds investissements effectués au plus haut des marchés. EDF a pâtit des difficultés de son EPR aux Etats-Unis et en Finlande, le titre chute de 2.64%. Veolia perd 4.07%.
Les assurances : le secteur souffre toujours de l’environnement de taux bas et de son exposition limité aux marchés émergents, ainsi que des difficultés des banques européennes. AXA perd 16.07%, Allianz dégringole de 6.15%.
Les banques ont précipité les marchés à la baisse, le secteur perd 9.17% sur le mois. Les difficultés des banques irlandaises ont pesé: ainsi BNP Paribas perd 14.47%, la Société Générale -17.66%.
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Performance novembre | |
|---|---|
| DJ Stoxx 600 automobile | 6.54% |
| DJ Stoxx 600 basic ressources | 4.95% |
| DJ Stoxx 600 chemicals | 3.30% |
| DJ Stoxx 600 industrial goods and services | 2.66% |
| DJ Stoxx 600 construction | 2.41% |
| DJ Stoxx 600 food and beverage | 1.90% |
| DJ Stoxx 600 health | 3.03% |
| DJ Stoxx 600 financial services | -0.02% |
| DJ Stoxx 600 energy | -0.39% |
| DJ Stoxx 600 technologics | -0.42% |
| DJ Stoxx 600 media | -1.23% |
| DJ Stoxx 600 Telecom | -3.21% |
| DJ Stoxx 600 utilities | -5.18% |
| DJ Stoxx 600 insurance | -7.33% |
| DJ Stoxx 600 bank | -9.17% |
Du côté des matières premières
Les craintes sur les dettes souveraines, ont profité au cours du métal jaune qui a joué son rôle de valeur refuge, mais également de la forte inflation dans les pays émergents, l’or grimpe de 1.77% pour s’établir à 1365.70$ l’once. Le baril de brut WTI progresse de 3.23% à 85.73$, les cours ont profité d’une hausse de la demande en or noire.
Du côté des devises
La crise de la dette en Europe a mis l’euro sous pression. La monnaie unique devrait rester faible, jusqu’à ce que l’on ait un message clair de la part des responsables politiques, sur l’impact des déficits colossaux. Mais à plus long terme le dollar devrait refluer sous les effets du plan d’assouplissement monétaire. L’euro chute de presque 7% face au dollar sur le mois et finit à 1.2996.
Conlusion
Le retour de la croissance ne se fera qu’au travers de la reprise du marché de l’emploi dans le monde développé, et d’une croissance qui devra rester soutenue dans les pays émergents. Les différences de taux de chômage montrent bien les disparités au sein de l’union européenne, le chômage est aujourd’hui un de nos critères d’investissement dans notre allocation géographique.
| Pays | Taux de chômage |
| Espagne | 20.8% |
| Irlande | 14.1% |
| Grèce | 12.2% |
| Portugal | 10.6% |
| France | 9.7% |
| USA | 9.6% |
| Italie | 8.3% |
| Allemagne | 7.5% |
Les actions de la zone euro restent attrayantes, le PE moyen reste légèrement inférieur à 11 sur la base des prévisions de bénéfice pour 2011. De plus, le rendement de plus de 4%, rend les actions de la zone euro intéressantes par rapport à des rendements obligataires toujours faibles. Nous restons surpondérés sur les Etats-Unis, car les effets de la politique monétaire accommodante continueront à porter leurs fruits à court terme. Nous attendrons en revanche, que le décalage macroéconomique de six mois, qui existe entre l’Europe et les Etats-Unis, se produise pour revenir sur les actions européennes. Concernant les actions des marchés émergents, leur récent rallye les rend très onéreuses, et les mesures pour endiguer l’appréciation de leurs monnaies passeront par plus de taxation des capitaux étrangers, ce qui pourrait provoquer un repli provisoire de ces marchés.
Philippe de Vandière, CIIA
Analyste marché IG Markets France
